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Terrasse devant la mer, circa 1930

Huile sur toile, signée en bas à gauche.
73 x 92.50 cm

Provenance
Succession Cyrille Martin 

Expositions
Derniers impressionnistes, Le temps de l’intimité, Musée de Lodève, 26 septembre 2020 - 28 février 2021, reproduit au catalogue d’exposition en p.271. 
Henri Le Sidaner – Henri Martin, exposition itinérante au Japon :
Hiroshima Museum of Art, Hiroshima, 11 septembre – 24 octobre 2021 ;
Yamanashi Prefectural Museum of Art, Kōfu, 3 novembre 2021 – 10 janvier 2022 ;
Sompo Museum of Art, Tokyo, 26 mars – 26 juin 2022 ;
Kagoshima City Museum of Art, Kagoshima, 15 juillet – 31 août 2022 ;
Museum EKI Kyoto, Kyoto, 10 septembre – 6 novembre 2022 ;
Okada Cultural Foundation – Paramita Museum, Mie, 3 décembre 2022 – 29 janvier 2023.
Exposition inaugurale au Pavillon de la Reine Jeanne, Galerie Alexis Pentcheff, Marseille, 3 octobre - 15 novembre 2023, reproduit au catalogue d'exposition en p. 65 sous le n°10.
Henri Martin-Henri Le Sidaner, Deux talents fraternels, Palais Lumière, Evian, 8 juin 2024-5 janvier 2025; Singer Museum, Laren, 22 janvier-11 mai 2025, reproduit au catalogue (Ed. Monelle Hayot) en p.244.

Avis d'inclusion dans les archives destinées à l'élaboration du catalogue raisonné de l'artiste en préparation par Mme Marie-Anne Destrebecq-Martin.

 

Sur la terrasse, un fauteuil vide contemple l’horizon. Une tasse, un sucrier sur la table, semblent attendre le retour de celui ou celle (plutôt celle d’ailleurs si l’on considère  le panier d’écheveaux posé au sol), qui vient de franchir le seuil pour entrer un moment dans la fraicheur de la maison.

De cet instant suspendu, nous goûtons le silence.
En maître de la composition, Henri Martin a parfaitement orchestré le glissement de la scène depuis l’intérieur vers l’extérieur. Le seuil est matérialisé par une ligne horizontale et il ne nous reste qu’à l’enjamber pour embrasser ce nouvel espace, cette autre perspective, pour respirer au grand air, attiré au dehors de toutes part, non seulement par la trouée qui se trouve dans notre champ de vision mais également par les reflets de la porte fenêtre, de gauche comme de droite.

Droites horizontales et verticales assumées s’affrontent pour se résoudre en une échappée lumineuse. La ligne d’horizon, juste au dessus de la barrière, semble marquer la frontière entre le ciel et l’eau, cependant aucun élément du paysage ne permet de nous situer, laissant à chacun libre cours à son interprétation, place à ses souvenirs.

Faisons-nous face à la Méditerranée sur cette terrasse où Pénélope a posé un instant son ouvrage? Serions-nous à Marseille ou plutôt à Collioure?
Seuls indices accordés par le peintre, quelques éléments d’architecture : la porte fenêtre et son volet dimensionné aux carreaux, la rambarde.

En épluchant les lieux de villégiature en bord de mer que l’artiste fréquenta, c’est plutôt à Collioure que nous retrouvons l’inspiration de ce type de décor, ce motif de garde corps vertical simple mais caractéristique des maisons de pêcheurs du petit port. 

En 1923, Henri Martin avait acheté une maison à Collioure, que son ami de jeunesse Henri Marre lui avait fait découvrir. Il s’y est rendu tous les étés jusqu’au début de la guerre, louant aussi un atelier sur le port. Au mois de juillet, il quittait donc Labastide pour aller un peu plus au Sud encore, rejoignant ce petit havre que les Fauves avaient adoubé. Quant aux autres éléments de la composition : la table, la chaise et le panier, a priori c’est à l’univers de Marquayrol qu’ils appartiennent. Identiques notamment dans le grand tableau bien connu d’Henri Martin Les Tricoteuses (depuis peu en dépôt au musée des Beaux-Arts de Nantes) exécuté en 1913, explicitement situé sous la pergola formant treille du grand jardin de la propriété.

Henri Martin a donc vraisemblablement composé cette terrasse, poétique dans l’attente, juste au dessus de la mer. Construisant son tableau par la trace d’une présence, le peintre s’abstrait ici de toute figure humaine. L’absence, rendue palpable au fil des objets : le panier, la tasse, la chaise, se teinte d’une douce mélancolie à laquelle fait écho la palette du tableau, plutôt froidement lumineuse. Les bleus, verts, blancs, rose et beurre frais dominent.

Cette terrasse sur la mer, les volutes de rotin de sa chaise délaissée, atteignent une dimension méditative. Henri Martin, dans le fond, est resté symboliste.